Pourtant la solitude, son accueil et l’acceptation du silence mènent à des conséquences extrêmement positives. Tout comme leur rejet conduit à une complication inévitable de sa vie et à la construction d’une frontière tangible entre soi et son bonheur. Quels sont donc ces avantages ? Rester seul, se nourrir de silence n’est il pas une perte de temps ? Bien au contraire.


Le premier élément à comprendre concernant la solitude se situe sur un point de vue de distribution d’énergie. Le corps est un véhicule formidable, capable de s’adapter à tout ce qui lui est imposé. Mais chacune des concessions qu’il accorde lui coûte de l’énergie. Chaque stress, chaque maltraitance et tout détournement de sa logique d'opération initiale lui demande une reconfiguration exigeante et inefficiente de son mécanisme interne.


Bien entendu, toute énergie perdue de cette manière ne fait que contribuer à la difficulté de fonctionnement de l’ensemble en harmonie. La résultante est donc une plus grande propension à la maladie, qui est un des meilleurs moyens pour le corps de libérer ce qu’on ne lui a pas laissé l’occasion de digérer de la façon la plus adaptée. Or ce qui n’a pas été intégré correctement va représenter un poids, un débris, une pollution qui sera stockée jusqu’à la saturation. Et c’est une réalité dans tous les espaces de notre vie, qu’il soit physique, émotionnel ou intellectuel.


Ainsi tout apprentissage non proprement assimilé devient croyance limitante, toute émotion incorrectement évacuée devient trauma et mémoire statique et toute blessure physique a d'importantes chances de s’aggraver. Or pour le dernier cas, c’est un fait qui est relativement bien compris aujourd’hui. La plupart des êtres humains ont la sagesse d’éviter tout stress inutile et de viser un repos prioritaire lorsqu’une blessure est supportée par un membre ou un organe. On a conscience de la primordialité de l’immobilité et de la mobilisation minimale du corps pour sa guérison et son rétablissement. Pourtant on a une forte tendance à ignorer cette vérité lorsqu’on aborde les sujets de l’intellect et de l’émotionnel, malgré le fait que les choses se déroulent de la même façon.


Tout est une question de distribution d’énergie. Si vous surchargez votre véhicule de taches et de stimulations immédiates et inutiles, il va se voir obligé de les traiter en priorité, et reléguer toute activité d’entretien ou passive en second plan. C’est parfaitement normal d’agir ainsi pour un certain temps. Mais meurtrier sur le moyen et long terme.


Imaginez une entreprise qui jetterait au sol tout papier qu’elle produirait sans les organiser, les classer ou même les lire dès qu’elle a fini de les produire. Il y a de bonnes chances que cette firme n’évolue pas beaucoup au fil des années, si elle survit dans la durée.


Mais alors la solitude est-elle une réponse suffisante à tous les soucis évoqués au-dessus ? Dans ce cas pourquoi certaines personnes, se retrouvant seules pendant d'interminables périodes ou isolées du monde, ne paraissent pas se porter mieux que la majorité ? C’est une question de cohérence dans l’action et d’investissement.